Ça faisait 2 semaines qu'on me vendait un film d'horreur effrayant à coup de superlatifs, et forcément, j'étais partagée. La dernière fois qu'on m'a vendu un film "super effrayant de ouf tu vas plus dormir" c'était Paranormal Activity, le film d'horreur le plus chiant et inintéressant jamais vu de mémoire d'Eith. Du coup, bon, j'avoue j'étais un peu sceptique. Résultat des courses, j'aurais préféré ne pas aller le voir, parce que rarement un film ne m'a mise dans cet état. Et je ne sais pas si je vous le conseille...

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Pour commencer, oui, je confirme, Hérédité a le Eith's seal of approval de la frousse. J'ai très mal dormi le soir même, les scènes les plus marquantes du film tournant sans cesse dans mon esprit, le moindre bruit me faisant sursauter. Pour être honnête, ce n'est pas le film le plus flippant du monde, certains pourraient même le trouver chiant mais il a su toucher à quelques unes de mes peurs les plus viscérales. Parce que l'intrigue mérite d'être découverte lors du visionnage, sans vous spoiler le sujet, je vous indiquerais que si vos phobies tournent autour de la mort, des fantômes, de la possession, des esprits vengeurs, tout ça, vous allez un peu douiller. Ce n'est pas tant que le film soit si horrible que cela, mais c'est véritablement son travail sur la suggestion, les non-dits, l'ambiance, le silence, ou encore le doute qui le fait sortir du lot. Plutôt que la surenchère à laquelle on assiste souvent, Hérédité prend le parti de ne pas trop en montrer, et franchement, ça fait mouche.

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J'ai rarement vu une montée en puissance aussi maîtrisée. Le film vous invite très progressivement à l'angoisse, il dissémine savamment ses moments d'horreur, à petites touches, comme un peintre qui prend le temps de travailler sur son tableau. La tension est de plus en plus forte que les risques qui pèsent sur les personnages commencent à faire sens, que l'intrigue se précise (sans jamais trop se dévoiler). J'ai passé la quasi totalité du film à me demander si, malgré ses maladresses (merci pour les coups de caméra en mode "coucou, ceci est un indice", ce n'était pas la peine), il n'était pas ce chef d'œuvre de l'horreur moderne que j'ai tant cherché. J'étais captivée, prise, envoûtée et sans être terrifiée, je ressentais ce sentiment d'amusement-horreur, ce thrill intraduisible qui me faisait vibrer par intermittence, de plus en plus, comme une respiration qui s'accélère. Hérédité n'était pas parfait, mais quand j'étais là, dans mon siège de cinéma, il m'a fait ressentir un superbe panel d'émotions. J'ai été triste à en pleurer d'assister impuissante au désespoir de ses personnages. J'ai ri de ses petits moments de malice. J'ai ressenti l'excitation de la découverte, le malaise, la colère, le choc, l'amour, la jalousie, l'incompréhension, la folie. J'ai voyagé dans mes émotions comme dans un bouquin de Clive Barker. Et bien sûr, j'ai eu peur. Un peu. Pas trop, pas trop longtemps, comme des bonbons qu'on te donne au compte goutte pour ne pas être écœurée. C'était bien.

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En plus, il y avait une jolie seconde lecture qui donnait tout son sens au titre du film. On pouvait presque sentir la folie circuler dans le sang des membres de cette famille au bord de la rupture, et on devinait des trucs, des histoires cachées, mais sans en être sûr, et c'était bien. La musique servait son propos, appuyant les scènes stressantes avec beaucoup de justesse, laissant la place au silence quand il le fallait. Les jump scares étaient diablement efficaces, car on les attendait sans jamais vraiment savoir quand ils allaient arriver, tout ça parce que l'auteur de ce film a suffisamment bien travaillé ses personnages pour qu'on ai l'impression de les connaître, qu'on s'habitue à eux durant près d'une heure de scènes d'exposition. Et pendant presque deux longues heures de film, c'était bien. J'étais heureuse. J'étais impatiente. J'étais fébrile. J'étais amusée. J'étais conquise.

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Et puis là, juste au moment où je m'imaginais déjà vous écrire qu'il fallait courir voir ce film d'horreur qu'il était bien, juste dans les quoi, 10, 15 dernières minutes du film, le sentiment le plus horrible de tous : la déception. Parce que les 10-15 dernières minutes de ce film ont été les plus pénibles de toutes. Plus pénibles que la loooongue mise en place de l'intrigue. Un gâchis phénoménal, une maladresse sans pareille : durant ces quelques minutes, le film oublie tout de sa subtilité et brise l'envoûtement. Tout est dévoilé, trop vite, mal, maladroitement. Tout devient grotesque, on passe dans la surenchère, on perd toute la subtilité pourtant salvatrice du reste du film. On s'inspire du cinéma d'horreur, de tous les cinémas d'horreur, de tout un tas de classiques, de tout un tas de genre, on les référence, là comme ça, en quelques minutes, on est dans le grand-guignol, le trop, alors qu'on ne nous avait que donné trop peu. J'imagine que la rupture était parfaitement volontaire. J'imagine que le but était de violenter le spectateur. De lui offrir un genre de bouquet final. Mais le résultat, après une si belle mise en place, a été que la moitié de la salle de cinéma à commencé à rigoler. D'abord doucement, un peu nerveusement, un peu gênée. Puis plus franchement, tant la fin semblait ridicule, ratée, bâclée, incohérente. C'est dans un silence gêné que le générique de fin a débuté, agrémenté d'un petit "quel gâchis !", la tête dans les mains.

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Depuis que j'ai vu ce film, et à la lumière d'une nuit bien courte à me cacher sous ma couette, j'ai essayé de comprendre pourquoi avoir transformé ce qui aurait pu devenir un chef d'oeuvre du film d'horreur en enième "film d'horreur avec une famille dans une maison et une fin pourrie". Déjà, je pense que l'intrigue, même si elle ne reposait pas sur des bases très solides, était plutôt bonne : c'est plutôt la façon dont elle est dévoilée qui ne l'est pas. En soit, ces 10-15 minutes de fin du film auraient très bien pu me séduire dans un autre contexte, dans un autre film. J'aurais complètement adhéré à cette fin si elle avait clôt un film de Dario Argento (la référence la plus évidente de ce film à mes yeux), dans lequel la subtilité n'a pas sa place, et le grand-guignol est une marque de fabrique. Là, mon vrai problème, c'est qu'en essayant à tout prix de placer une fin "grandiose", le réalisateur-scénariste a tout simplement rompu cette sorte de contrat tacite entre lui et le spectateur, mettant à mal la suspension de crédibilité de ce dernier. Hérédité avait vraiment tout du bon film d'horreur, mais ce déséquilibre final, je vais avoir du mal à le pardonner. J'ai quand même envie de l'aimer, parce que j'ai passé un moment incroyablement riche, et surtout, j'ai conscience qu'il s'agit d'un premier film. J'ai conscience que les acteurs (tous excellents) ont été bien dirigés. Mais j'avoue que dans un monde idéal, il sortirait une version purgée de ces quelques scènes de trop, et ça ferait du bien à tout le monde.

Ari Aster, on va faire un deal, toi et moi, même si tu ne me connais pas, que tu ne liras jamais ces lignes, on va faire un deal : je vais ravaler ma déception, et je vais probablement finir par aimer ce film. Par contre, le prochain, tu as clairement intérêt à ne pas le bâcler.

Quand à toi, lecteur, je ne sais pas quoi te dire. Peut-être que, maintenant que tu sais que ça va mal se finir, tu pourras mieux apprécier le reste du film ? Peut-être que ce n'est pas la peine d'aller le voir, parce que tu n'aimes pas les films qui démarrent lentement ? En tout cas, si cet article a titillé ta curiosité et que tu vas le voir, j'aimerais vraiment beaucoup avoir ton avis. Et j'espère que tu passeras un moment aussi intense et éprouvant que moi !

3e
Pas indispensable, mais de bonnes choses.